Disons le tout net : voici un livre qui, en dépit de quelques réserves sur lesquelles nous reviendrons doit impérativement être connu de tous les amateurs de la période, ne serait-ce que parce qu’il est le premier depuis fort longtemps à présenter l’ensemble des données militaires sur cette campagne du Rif, qui n’est plus effectivement connue que de quelques spécialistes.

Guerre du RifEn dehors de quelques articles traitant ponctuellement des aspects politiques au sens large, politico-militaires, voire d’unités ou d’armes particulières (aviation, légion, etc.), la bibliographie récente en français est en effet particulièrement limitée sur le sujet. Il est donc heureux que Max Schiavon nous propose ce volume, d’autant plus qu’il s’appuie sur un large corpus de documents et d’archives, en particulier des fonds privés et familiaux. On apprécie également les nombreuses annexes qui terminent le volume et qui fournissent des données précises extrêmement utiles sur l’évolution des forces. Le récit des événements sur le terrain est rédigé avec soin et les différentes phases de la campagne sont bien séquencées, décrites dans le détail en s’appuyant toujours sur de solides références. En un mot, tous les lecteurs en apprendront beaucoup sur la guerre du Rif et la longue bibliographie finale permettre à chacun d’aller plus loin encore s’il le souhaite.

On peut toutefois regretter qu’au-delà du discours descriptif le propos soit peu problématisé dès que l’on quitte le strict terrain des opérations militaires. Le remplacement de Lyautey par Pétain en constitue un bon exemple. Finalement, les deux maréchaux, nous est-il dit, s’estiment et s’apprécient et il ne s’agit que d’une différence de méthode. Pour un peu, il n’y aurait pas l’ombre d’un nuage entre eux. De nombreuses et longues citations parfaitement référencées abondent en ce sens et l’on constate qu’elles émanent très fréquemment de fonds constitués par les généraux (ou futurs généraux) longtemps proches de Pétain durant l’entre-deux-guerres, voire au-delà comme le général Laure, ou d’historiens qui lui sont plutôt favorables. Il y a donc, pour les questions « piquantes » en suspens, un angle d’approche qui permet de conclure que « les relations entre les deux hommes sont bonnes ». Présenter ici une citation extraite de l’oraison funèbre que Pétain prononce officiellement aux obsèques de Lyautey en 1934 est un peu court. De même pour les questions politico-militaires, sur la baisse régulière des effectifs jusqu’au début du printemps 1925, puis leur rapide remontée en puissance à partir du mois de mai et surtout de l’été.

Un livre absolument indispensable pour connaître parfaitement le déroulement des événements militaires, et que l’on complètera par d’autres sources pour creuser les points plus litigieux. 

Editions Pierre de Taillac, Max Schiavon, Paris, 298 pages. 24,90 euros.

Source : Guerres & Conflits