hélicos 2Le créneau est désormais bien occupé, voici un nouvel ouvrage sur l’ALAT dans les opérations récentes.

Le style, vif, enlevé, sans fioriture, n’est pas sans rappeler quelques publications américaines récentes sur les interventions en Irak ou en Afghanistan. Dans la première partie, l’auteur raconte comment lui a été indiquée sa mission, quelles ont été ses réflexions et comment il l’a annoncé à son personnel. Il revient également sur le long, le permanent processus d’instruction, toujours (autant que faire se peut) au plus près possible des réalités et souligne que pour constituer le détachement aéromobile il fut nécessaire de faire appel à toutes les unités et formations.

Très vite, la question de la mort toujours envisageable est posée : « Parler de la mort, c’est en faire son meilleur allié. C’est la dompter pour qu’elle ne se transforme pas en poison anesthésiant ». Enfin, il souligne la complémentarité, la complicité presque, qui se met très rapidement en place avec les marins du BPC sur lequel sont basés les hélicoptères, en particulier grâce à l’existence de connaissances antérieures. Et pour ceux qui douteraient de l’utilité de l’histoire, en tant que discipline, dans la formation opérationnelle, il donne son témoignage qui mérite d’être longuement cité : « A l’Ecole de guerre, dans le cadre d’une étude de cas concret, j’avais eu l’occasion de me rendre au Service historique de la Défense de Vincennes. Il s’agissait pour mon groupe de mettre au point un staff ride sur l’opération Totalize, qui s’est déroulée du 7 au 16 août 1944 au sud de Caen. En préparant ce voyage d’étude, j’ai eu accès aux plans originaux et pu étudier les tactiques d’assaut par mer mises en œuvre par les Alliés sur les plages de Normandie et en particulier lors des phases d’infiltration des bombardiers. La simplicité et la précision des plans pour foncer vers Falaise m’avait frappé … La similitude avec notre situation est étonnante ».

Le récit parfois minute par minute des raids conduits de nuit est souvent impressionnant et le vocabulaire simple, direct, contribue à rendre le témoignage vraiment vivant (même s’il tombe parfois dans une certaine emphase, mais dans le feu de l’action les événements ont parfaitement pu être ressentis ainsi sur le moment). Parmi les techniques employées et décrites, on relève par exemple l’utilisation immédiate des informations déduites de l’observation des échanges de tirs d’artillerie, qui dessinent la ligne des coups de départ et d’arrivée, et donc en creux la zone où les hélicoptères peuvent s’infiltrer à moindre risque.

La seconde partie, à partir de la page 117, revient sur l’expérience opérationnelle de l’auteur en élevant le débat au-dessus de l’événementiel, sur la fatigue des hommes et des femmes engagés dans les opérations, sur l’importance de la dimension spirituelle et la présence de l’aumônier, sur la « gestion des erreurs » (« La guerre est une science inexacte et instable parsemée de petites et grandes erreurs, souvent d’origine humaine … La logique est simple : partant du constat que l’homme commet sept erreurs par heure, il ne s’agit pas de les éradiquer mais d’agir sur les comportements et la méthode de l’individu ainsi que sur la gestion collective pour au mieux les éviter ou, au minimum, les détecter et les corriger »).

La troisième partie enfin reprend plus largement les engagements récents de l’ALAT, de l’Afghanistan à la Côte d’Ivoire, de Libye au Mali et se termine par le récit des opérations conduites en janvier-février 2013 dans le désert malien et la boucle du Niger.

Un livre qui passionnera tous les amateurs de récits de campagnes récentes mais aussi, au-delà, qui apporte un nouveau témoignage très intéressant sur celles-ci pour les historiens du temps présent. Un récit à croiser avec les autres témoignages déjà publiés, mais qui apporte indiscutablement une vraie plus-value.

Editions du Rocher, Monaco, 2015, 225 pages. 18,90 euros.

Source : Guerres & Conflits

Visionner la galerie Theatrum Belli/ECPAD de 100 photos sur les hélicoptères au combat durant l’opération Harmattan

Crédit : A. Roiné. ECPAD / EMA.

Crédit : A. Roiné. ECPAD / EMA.